L'article du mois

L'article du mois, c'est le résumé d'une étude sur les addictions comportementales, décryptée pour vous.
Chaque mois, une sélection est faite parmis les articles scientifiques publiés partout dans le monde.

Le dernier article du mois

icone bibliographie
icone bibliographie

ARTICLE DE FEVRIER 2024 - Les comportements sexuels problématiques doivent-ils être considérés comme relevant de l’addiction ? Une analyse basée sur les critères définissant les troubles liés à l’usage de substances du DSM-5

Avec actuellement une prévalence de ces troubles à hauteur de 3 à 6% dans la population générale, et étant 3 à 5 fois plus fréquente chez les hommes que les femmes, une équipe de chercheurs français a publié une revue de littérature d’études effectuées sur les comportements sexuels problématiques afin d’établir si les critères définissant habituellement les troubles liés à l’usage de substances peuvent s’appliquer à ces comportements et ainsi les définir comme relevant de l’addiction.

Pourquoi avoir fait cette recherche ?

Les comportements sexuels problématiques, aussi connus sous les noms de « trouble de l’hypersexualité », ou de « trouble du comportement sexuel compulsif » (dans la CIM-11), sont caractérisés par des préoccupations répétitives et intenses liées à des fantasmes, des pulsions et des comportements sexuels qui ont des conséquences négatives pour l’individu. La définition du « trouble hypersexuel » proposé par Martin Kafka en 2010 dans la section « Troubles sexuels » du DSM-5 proposait des critères similaires à ceux de la CIM-11, sauf pour la partie sur la régulation de l’anxiété. Étant donné la similarité des critères diagnostiques entre ces troubles et les troubles liés à l’usage de substances ou les addictions comportementales, certains auteurs en sont venus à dire que ces comportements sexuels problématiques pourraient être considérés comme une addiction comportementale, au même titre que l’addiction aux jeux de hasard et d’argent par exemple. Les similarités cliniques sont : la compulsivité sexuelle, le sentiment de perte de contrôle, la poursuite du comportement malgré des conséquences négatives, le craving, l’anxiété précédent la réalisation du comportement. Le débat se situe donc sur la définition de ces troubles : est-ce un trouble du contrôle des impulsions, un trouble obsessionnel-compulsif ou une addiction ?

Quel est le but de cette recherche ?

Le fait de classifier les comportements sexuels problématiques comme une addiction faisant encore débat aujourd’hui dans la communauté scientifique, l’objectif de cette analyse était de voir s’il était possible d’utiliser les mêmes critères utilisés dans le DMS-5 pour les troubles de l’usage des substances et les addictions comportementales. Cette revue de littérature vise à fournir une vision d’ensemble des similarités des critères du DSM-5 utilisés dans le diagnostic d’une addiction (perte de contrôle [poursuite d’un comportement malgré ses conséquences négatives, temps important consacré au comportement, efforts infructueux pour diminuer ou arrêter], craving, dépendance physique [sevrage et tolérance] et les critères que l’on peut retrouver dans les comportements sexuels problématiques.

Comment les chercheurs ont-ils fait pour répondre à cet objectif ?

Les auteurs ont d’abord fait une recherche dans des bases de données avec des mots-clés afin de retrouver toutes les études effectuées jusqu’en avril 2022 sur les comportements sexuels problématiques. Après une phase de sélection, 20 études ont été retenues dans l’analyse. Les études sélectionnées représentent au total 24 378 personnes. Parmi les personnes ayant ces troubles, 89% sont des hommes, l’âge moyen est de 28 ans, 75% d’entre eux se déclarent hétérosexuels, et 51% ont recours au cybersexe.

Quels sont les principaux résultats à retenir ?

  • Craving

Les envies irrépressibles concernant les activités sexuelles multiples ou le visionnage de pornographie concerneraient 41% des hommes et 45% des femmes parmi les usagers ayant une activité sexuelle problématique, tout en sachant que le craving a été identifié comme un symptôme-clé dans les troubles liés à l’usage de substances et participe du risque de rechute.

  • Perte de contrôle

Le pourcentage de participants rapportant leurs échecs successifs à diminuer ou arrêter leur comportement varie entre 22% et 84%.

  • Conséquences négatives

La fréquence de la poursuite du comportement sexuel malgré les problèmes que cela entraîne dans leurs vies concernerait 79% hommes et 77% de femmes. Ces personnes voient par ailleurs davantage leurs vies affectées par ces troubles que d’autres patients ayant des troubles psychiatriques ou des troubles liés à l’usage de substances, et notamment leur vie familiale. D’autre part, 47% d’entre eux ont abandonnés leurs activités ou ont des activités limitées et n’arrivent plus à remplir leurs obligations.

  • Sevrage

Les symptômes de sevrage, définis comme par exemple le fait d’être anxieux ou irritable en cas d’impossibilité de s’engager dans le comportement concernent 61% des hommes et 66% des femmes de ces études.

  • Tolérance
La diminution des effets produits par un même comportement et le besoin d’intensifier la pratique pour obtenir un même niveau de satisfaction antérieur concerne 45% des hommes et 49% des femmes dans ces études.
 

Les limites de ces études et les points d’amélioration à mettre en place selon les auteurs

Les auteurs regrettent le niveau de qualité de la plupart des études incluses. Beaucoup de ces études étaient des études observationnelles, avec beaucoup d’auto-questionnaires remplis par les patients, ce qui limite la généralisation de données. D’autre part, ces études ne comportaient pas assez de minorités sexuelles ou de groupes ethniques différents.

Cette revue de littérature a cependant permis de mettre à jour la nécessité de faire davantage de recherches concernant l’efficacité possible des traitements anti-craving afin de réduire l’intensité des troubles (par exemple grâce aux antagonistes des récepteurs opioïdes).

Les points-clés à retenir

  • Les critères de troubles addictifs du DSM-5 ont été retrouvés dans une large proportion de personnes ayant des comportements sexuels problématiques, et en particulier en ce qui concerne le « craving », la perte de contrôle et les conséquences négatives liées au comportement sexuel.
  • Cette analyse révèle l’importance pour les soignants de déceler les marqueurs cliniques de l’addiction plutôt que de simplement rechercher la fréquence des comportements sexuels lors de la pose du diagnostic, ceci afin d’améliorer la prise en charge des patients et ainsi pouvoir limiter les impacts négatifs dans leur vie quotidienne.

Plus d’informations sur cette recherche :

Natacha Pistre, Benoît Schreck, Marie Grall-Bronnec, Melina Fatseas
Should problematic sexual behaviour be viewed under the scope of addiction? A systematic review based on DSM-5 substance use disorder criteria; Addictive Behavior Reports, December 2023

» Lien

Relire nos précédents articles du mois

Janvier 2024 - Dix ans de recherche sur les traitements de l’usage pathologique des jeux vidéo sur Internet : revue de littérature et recommandations pour les recherches futures
Une équipe de chercheurs chinois et américains a fait une synthèse des résultats des études sur le traitement de l’usage pathologique des jeux vidéo sur Internet publiées au cours des dix dernières années, et mis en avant les stratégies à mettre en place dans les futures recherches.
Cette synthèse présente les principaux résultats à retenir.

» Consulter la synthèse de l'article

Décembre 2023 - DISTORSIONS DE LAPERCEPTION DU TEMPS LIÉES A L’EXPOSITION AUX JEUXVIDÉO, A LA PORNOGRAPHIE ET AUX SÉRIES TÉLÉVISÉES :ÉTUDE EXPÉRIMENTALE
L’exposition à des contenus liés à la pornographie et les séries télévisées semble induire des distorsions temporelles, sans lien formel démontré avec une utilisation excessive de ces comportements.

» Consulter la synthèse de l'article

Novembre 2023 - LA CONCENTRATION DE LEPTINE DANS LE PLASMA EST LIÉE À LA DÉPENDANCE ALIMENTAIRE DANS LE JEU PATHOLOGIQUE
La concentration de leptine est plus importante chez les personnes atteintes de troubles du jeu et présentant une dépendance alimentaire.

» Consulter la synthèse de l'article

Octobre 2023 - LOOT BOXES, FACTEURS DE RISQUES LIÉS AU JEU D’ARGENT ET DE HASARD ET SANTÉ MENTALE
Les dépenses liées aux loot boxes dans les jeux vidéo sont liées aux problèmes de jeu d’argent et de jeu vidéo.

» Consulter la synthèse de l'article

Septembre 2023 - Le trouble compulsif du comportement sexuel dans 42 pays
Les populations habituellement mal représentées doivent être intégrées dans les études pour obtenir des outils de diagnostic fiables et des données utilisables pour la recherche.

» Consulter la synthèse de l'article

Juillet 2023 - Jeux d’argent en ligne : comparaison entre les femmes et les hommes
Les différences de comportements et de sensibilités entre les femmes et les hommes face au jeu sont réelles et doivent être prises en compte pour adapter la prévention et les soins.

» Consulter la synthèse de l'article

Juin 2023 - Enquête sur les profils des parieurs sportifs en direct
Les paris en direct sont de plus en plus populaires, mais représentent une forme de paris sportifs particulièrement à risque de problèmes de jeu, avec davantage de dommages liés au jeu. Des mesures de santé publique sont nécessaires et possibles pour agir en prévention.

» Consulter la synthèse de l'article

Mai 2023 - L’effet du confinement lié au COVID-19 sur les adolescents souffrant de troubles du comportement alimentaire
Bien que le confinement lié au COVID-19 ait pu être un facteur déclenchant de troubles du comportement alimentaire chez certaines personnes, il a aussi pu avoir un impact positif sur certains symptômes chez les patients jeunes et déjà en traitement. Une équipe de chercheurs suisses et danois ont tenté de déterminer si le confinement lié au COVID-19 a amélioré ou au contraire aggravé les symptômes liés aux troubles du comportement alimentaire, chez les enfants ou adolescents de 4 à 16 ans déjà suivis ou récemment diagnostiqués avec un trouble du comportement alimentaire.

» Consulter la synthèse de l'article

Avril 2023 - Jeu vidéo problématique et bien-être des adolescents : une comparaison entre pays
Bien que les taux de prévalence varient d’un pays à l’autre, le jeu vidéo problématique affecte le bien-être des adolescents, et ce indépendamment du temps passé à jouer et quel que soit l’environnement culturel. Une équipe internationale de chercheurs (Pays-Bas, Israël, Slovénie et Estonie) ont comparé la prévalence du jeu vidéo problématique et ses liens avec le bien-être de près de 15 000 joueurs de jeux vidéo âgés de 11 à16 ans et venant de différents pays (Azerbaïdjan, Angleterre, Serbie, Slovénie, et Pays-Bas).

» Consulter la synthèse de l'article

Mars 2023 - Effets des traitements sur l'addiction sexuelle
L’adhésion du patient a un rôle prépondérant sur l’efficacité d’un traitement contre l’addiction sexuelle. Une équipe de chercheurs brésiliens a comparé l’efficacité d’une psychothérapie de groupe, d’un traitement médicamenteux et de l’association des deux stratégies thérapeutiques pour le traitement de l’addiction sexuelle, en prenant en compte notamment l’adhésion du patient au traitement.

» Consulter la synthèse de l'article

Février 2023 - Les causes des troubles du jeu vidéo
Les troubles du jeu vidéo surviennent, se développent et se maintiennent à cause de l’interaction entre plusieurs facteurs liés au jeu, à l’individu et à son environnement.

» Consulter la synthèse de l'article