L'article du mois

L'article du mois, c'est le résumé d'une étude sur les addictions comportementales, décryptée pour vous.
Chaque mois, une sélection est faite parmis les articles scientifiques publiés partout dans le monde.

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ARTICLE DE DECEMBRE 2025 - Jeu pathologique : examiner le lien entre craving et pratiques des jeux de hasard et d’argent problématiques

Retrouvez ci-dessous la synthèse de l'article du mois.

Pourquoi avoir fait cette recherche ?

Le craving – le besoin intense et irrépressible de se livrer à un comportement addictif malgré ses conséquences négatives – semble jouer un rôle clé dans la perte de contrôle que peut avoir un individu sur sa pratique des jeux de hasard et d’argent, et dans le maintien de cette pratique à un niveau problématique, alors même que celle-ci a des effets délétères sur divers domaines de sa vie, tels que ses finances, ses relations sociales et sa santé. Cependant, le craving reste aujourd’hui mal défini et, contrairement aux troubles liés à l’usage de substances, il n’est pas actuellement considéré comme un critère diagnostique du jeu pathologique dans le DSM-5. Par ailleurs, les joueurs problématiques présentent certains traits de personnalité communs : un névrosisme élevé, une agréabilité et une ouverture élevées, une conscienciosité plus faible, et une extraversion qui peut varier selon les individus. Enfin, les pratiques de jeu problématiques sont fréquemment associées à des difficultés de régulation émotionnelle et à une augmentation des symptômes d’anxiété et de dépression. Néanmoins, les études existantes analysent souvent le craving de manière isolée, sans examiner simultanément ses liens avec les facteurs susmentionnés. Cette approche fragmentée limite la compréhension de l’importance spécifique du craving et de sa contribution propre aux comportements de jeu problématiques.

Quel est le but de cette recherche ?

Cette recherche vise à examiner la relation entre le craving et la santé mentale, les affects et les traits de personnalité, afin de déterminer si le craving seul peut être associé à des pratiques de jeu problématiques, après contrôle de l’ensemble de ces facteurs, ainsi que de l’âge et du sexe des participants.

Comment les chercheurs ont-ils fait pour répondre à cet objectif ?

Les chercheurs ont fait passer un questionnaire en ligne à 1053 adultes en Suède ayant joué à des jeux de hasard et d’argent au cours des 12 derniers mois. En plus des questions sur les informations sociodémographiques et les variables liées au jeu, ont été évalués : la sévérité du problème de jeu ; le craving (anticipation du plaisir lié au jeu, désir intense de jouer et soulagement attendu des expériences négatives grâce au jeu) ; l’anxiété ; la dépression ; les affects positifs et négatifs ; et les traits de personnalité.

Quels sont les principaux résultats à retenir ?

Les résultats montrent que les trois dimensions du craving évaluées (désir, anticipation et soulagement) sont fortement associées positivement à la sévérité des problèmes de jeu.

Les analyses indiquent également que ces trois dimensions sont faiblement à modérément associées positivement aux symptômes d’anxiété et de dépression, aux affects négatifs et à plusieurs traits de personnalité (antagonisme, impulsivité, affectivité négative et alexithymie [difficulté à identifier, différencier, exprimer et traiter ses émotions, ou parfois celles d'autrui]). À l’inverse, elles sont faiblement à modérément associées négativement aux affects positifs, à la capacité à ressentir du plaisir, ainsi qu’à l’âge et au sexe.

Lorsque l’ensemble des facteurs est pris en compte simultanément, deux dimensions du craving – le désir intense de jouer et l’anticipation du plaisir lié au jeu – restent des prédicteurs significatifs des comportements de jeu problématiques. L’impulsivité et le fait d’être un homme augmentent également le risque, tandis que les autres variables perdent leur effet significatif.

Les points clés à retenir

- Le craving (au moins concernant le désir et l’anticipation) est fortement associé à la sévérité des problèmes de jeu, indépendamment d’autres facteurs psychologiques et sociodémographiques.
- Les hommes sont plus susceptibles que les femmes de développer des pratiques de jeu problématiques.
- L’impulsivité est un prédicteur de comportements de jeu problématiques.
- Ces résultats soutiennent l’idée que le craving devrait être intégré comme critère diagnostique du jeu pathologique dans les futures révisions du DSM.

Plus d’informations sur cette recherche :

Westerberg T., Håkansson A. & Berglund K.
The role of craving in gambling behavior: examining its relevance and links to psychological distress, personality, and demographics. BMC Psychology (2025).

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Novembre 2024 - Regarder et désirer ? Les effets de la consommation de streams de jeux de hasard et d’argent sur les envies de jouer
La prolifération des plateformes de streaming numérique a fait du visionnage de jeux vidéo une forme de divertissement très accessible. Sur des plateformes comme Twitch, initialement dominées par des diffusions de jeux vidéo, les jeux de hasard et d’argent (JHA) ont émergé comme l’une des catégories les plus regardées, surpassant même des jeux vidéo très populaires. Bien que Twitch ait mis en place des restrictions sur les diffusions liées aux JHA, celles-ci restent omniprésentes. De nouvelles plateformes de streaming, comme Kick, ont réussi à attirer un public adepte des JHA en évitant de telles restrictions.

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Octobre 2024 -TDAH et addictions : fardeau ou levier thérapeutique ?
Plus de 20% des patients suivis pour un trouble addictif (trouble de l’usage de substances ou addictions comportementales) seraient concernés par le TDAH (Trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité). La présence d’un TDAH est associée à un trouble de l’usage de substances plus précoce et plus sévère.
L’impulsivité propre au TDAH constitue un facteur de risque majeur de développer des troubles addictifs, et spécifiquement à la période de l’adolescence où l’impulsivité est souvent exacerbée (favorisant des comportements à risque) et peut s’associer à des désordres émotionnels et des difficultés d’individuation. Le comportement addictif peut constituer une stratégie de gestion des émotions négatives (dysrégulation émotionnelle propre au TDAH) et peut faire office « d’automédication » (exemples : canalisation de l’hyperactivité dans le cadre de la consommation de substances, amélioration des troubles de l’attention grâce aux stimulations proposées par les jeux vidéo).
Quelles sont les conduites à tenir en cas de présence simultanée de TDAH et d’addiction(s) ? Est-ce que cette complexité peut finalement constituer un levier thérapeutique ?

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Septembre 2024 - Anomalies des réseaux cérébraux dans le trouble du jeu de hasard et d’argent : une étude basée sur l’imagerie cérébrale multimodale
Bien que le trouble du jeu de hasard et d’argent soit un problème majeur dans le monde et que sa prévalence soit en augmentation, il n’existe pas encore de traitement pharmacologique ou en neuromodulation validé pour soigner cette addiction comportementale, notamment du fait de connaissances insuffisantes sur les réseaux cérébraux altérés. Cette étude visait ainsi à explorer les anomalies de certains réseaux cérébraux connus dans les troubles de l’usage de substances chez des patients souffrant de trouble du jeu de hasard et d’argent.

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Juillet-Août 2024 - Le type de lien entretenu entre le joueur et son avatar peut-il être prédictif d'une addiction aux jeux vidéo?
Avec près de 5 milliards de joueurs par jour, et la présence d’éléments immersifs rendus possibles par l’essor des avatars et des mondes virtuels, le jeu vidéo en ligne connait un engouement majeur, sans cesse renouvelé. La connexion qu’un joueur peut entretenir avec son avatar peut apporter des effets positifs comme négatifs, et cette étude explore le risque d’usage problématique des jeux vidéo en ligne en fonction de ce lien entre le joueur et son avatar.

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Juin 2024 - Prévalence et phénotypes cliniques de patients adultes ayant un trouble du déficit de l’attention (avec ou sans hyperactivité) associé à une addiction comportementale
Alors que le lien entre le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et le trouble de l’usage des substances a fait l’objet de nombreuses études scientifiques, une équipe de chercheurs italiens a cherché à établir la prévalence de patients ayant un TDAH associé à une addiction comportementale.

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Mai 2024 - Définitions et évaluations du rétablissement du trouble lié aux jeux de hasard et d’argent –Revue de littérature
Dans le domaine des troubles liés aux jeux de hasard et d’argent (JHA), le concept de rétablissement (« recovery ») a gagné en importance ces dernières décennies. Cependant, un consensus quant à sa définition fait défaut. Une revue de littérature a donc été menée pour dresser un état des lieux de la recherche sur ce sujet et en identifier les lacunes.

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Avril 2024 - Une thérapie assistée par les psychédéliques pour les personnes souffrant de troubles liés aux jeux de hasard et d’argent ?
Dans les années 50-60, la recherche sur les psychédéliques était très développée, mais elle fut rapidement arrêtée pour des raisons politiques et juridiques. Depuis les années 90, les recherches ont repris, et, ces 20dernières années, de plus belle encore, grâce aux découvertes dans le domaine des neurosciences mais aussi grâce à des évolutions d’ordre politique et sociétal.
Des chercheurs ont voulu savoir si la thérapie assistée par les psychédéliques dits classiques (LSD, psilocybine et DMT), qui ont prouvé leur efficacité dans le traitement de troubles mentaux (y compris les troubles addictifs) ne répondant pas bien aux traitements habituels, pourrait être envisagée comme traitement à destination des personnes souffrant de troubles addictifs liés aux jeux de hasard et d’argent.

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